Ma part de Plancton

Un jour de janvier 2025, au bout du fil, Pierrot Mollo :  » Tu me promets que tu viendras, que vous serez là, c’est important !  »

Je connais Pierrot depuis que je connais Jean-Noël. En effet, mon ostréiculteur de mari m’a parlé de lui dès notre première rencontre ( je l’interviewais pour un journal local ).

Pierrot Mollo est un facétieux. Il regarde avec un sourire dans les yeux, s’abstient de toute critique mais en une phrase il est capable de retourner un raisonnement par une sorte de bon sens inné et évident, peut-être ce bon sens de pêcheur qu’il aurait pu être.

Le tout, d’une voix douce, toujours, avec l’assurance de celui qui sait qu’il est loin de tout savoir et qui en est heureux.

Quand Pierrot demande, on accède.

Le 23 mai 2025, nous étions donc au Cinéville de Lorient où, sans doute par un hasard construit, nous avons retrouvé les complices de Pierrot, le copain d’enfance Jean-Pierre Le Visage, sa femme Claudine et d’autres éminents membre de l’Observatoire du Plancton, fondé en 2003 par… Pierrot Mollo, Jean-Pierre Le Visage et Claude Tuauden.

Alain Le Sann du collectif Pêche et Développement nous avait déjà proposé un café.

Sur le chemin, nous étions passés prendre ma fille ainée qui vit à Lorient et à qui nous avions déjà parlé de Pierrot. Nous ne regrettions pas d’avoir fait l’effort de venir, même si après une journée ostréicole il y a bien des soirs où nous n’avons aucune envie de « bouger ». Mais, Pierrot Mollo, l’Observatoire, ma fille, l’anniversaire de Jean-Noël, trop de corrélation de hasards immanquables…

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Le biologiste modélisateur du changement climatique, Thierry Beaugrand, membre du GIEC nous a offert une conférence passionnante, lucide et très pédagogue, que l’on peut retrouver sur la toile ICI. Le phyto-Plancton le zoo-Plancton sont un indicateur du changement climatique, par l’augmentation de sa biodiversité, comme pour les poissons.

Ma fille, en étudiante attentive, après des notes toute la soirée, aurait presque regretté d’avoir suivi la filière histoire, elle qui a aussi le coeur dans la science.

Enfin, alors que l’on n’énonçait une surprise en fin de soirée et que je me réjouissais déjà pour Jean-Noël (oui, quand Pierrot insiste qu’on vienne, forcément j’imagine qu’il y a un lien avec Jean-Noël), Pierre Varin, de l’Université Internationale Terre Citoyenne a cité MON nom.

Il semble que j’ai émis un juron, la surprise vraiment, que j’aie descendu les gradins en boitillant encore, et que j’aie bafouillé quelques mots, totalement stupéfaite de recevoir des mains de Pierrot Mollo ce prix, Maestra des connaissances et savoirs vivants. J’en suis encore, presque un an après, encore toute émue, entre le « pourquoi moi ?  » (l’imposture, il y a des gens bien plus interessants que moi) et la joie profonde de réaliser que ce que l’on sème inconsciemment peut-être, avec sincérité sûrement, finit par donner un fruit que je savoure chaque jour, en regardant le magnifique trophée, un Chaetoceros version XXL, créé par William Geffroy artiste verrier, pour cette occasion, à la demande de Pierrot Mollo.

J’ai un peu remonté le raisonnement de ce prix, et c’est vrai que nos témoignages, notre façon de travailler, de transmettre aussi, surtout, m’ont permis d’arriver à cette soirée là. Soirée qui, sans Jean-Noël, n’aurait jamais été, même, imaginée. Vous en trouverez une trace ICI et je suis très honorée d’être sur une photo avec le maître à penser du Plancton.

J’essaie parfois de calculer ce qu’il faut de part de Plancton pour qu’un humain puisse vivre. Je sais que c’est une respiration sur deux, que c’est le premier maillon de la chaine alimentaire, qu’il est la nourriture des huîtres donc, qu’il est une sentinelle de la qualité d’eau, qu’il malmène parfois ma profession, mais qu’il n’est en rien responsable. J’en voudrais calculer la proportion dans mes cellules, puisqu’on peut s’en rapprocher peut-être en taille et en nombre ? densité ? Bref, je n’y arrive pas, alors ma part de Plancton reste du domaine de l’invisible, mais constitutive de mon humanité.

Depuis quelques temps, nous nous engageons plus fort dans l’association créée par les compères déjà cités, l’Observatoire du Plancton, parce que l’âge venant, les priorités augmentent, comme si le temps qui nous reste devait être dédié à la sauvegarde de ce qui nous a fait vivre, pour nos enfants et ceux d’après.

J’ai, dans les heures d’enregistrement de mon téléphone, le témoignage de Pierrot Mollo, de Jean-Pierre Le Visage, sur la création de l’Observatoire. Le pourquoi du comment. Où l’on se rend compte que parfois, les destinées se forgent dans les amitiés de l’enfance, dans l’affectif et les souvenirs.

Ce projet n’a pas encore trouvé le temps d’être couché sur le papier, mais il fleurit dans le Plancton qui me nourrit, et finira bien par remonter la chaine alimentaire des mots.

Ce texte pour remercier encore cet humaniste qu’est Pierrot Mollo, que nous aimons et admirons dans l’infini du Plancton.

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